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Soutenance de thèse «Itinéraires des figures féminines de la fantasy jeunesse chez Pierre Bottero : fées, sorcières et chasseresses»

Le samedi 19 novembre, j’ai soutenu ma thèse de Doctorat en Langue et Littérature françaises, réalisée à l’Université Clermont Auvergne sous la direction de Mesdames Françoise Laurent et Nelly Chabrol Gagne.

 

Résumé : Le « livre-monde » de Pierre Bottero, vaste cycle de fantasy jeunesse constitué des œuvres se rapportant à l’univers de Gwendalavir (La Quête et Les Mondes d’Ewilan, Le Pacte des Marchombres, L’Autre, Les Âmes croisées, Le Chant du troll et Isayama), connaît un succès retentissant depuis le début de sa parution en France en 2003. Les figures féminines jalonnent ce cycle et viennent bouleverser la traditionnelle hégémonie masculine des œuvres phares du genre (qu’il s’agisse du Seigneur des Anneaux ou de Harry Potter). Dans les romans de l’écrivain français, les femmes sont presque toujours les héroïnes, mais aussi souvent des personnages secondaires ou, parfois, d’arrière-plan, et offrent aux (jeunes) lecteurs et lectrices une myriade de modèles auxquels s’identifier. Ces protagonistes se nomment Ewilan, Ellana, Alantha, Eejil, Shaé ou Éléa, sont d’origines et d’âges variés, et sont volontiers extraordinaires : magiciennes hors pair et guerrières émérites. Ces rôles familiers de la fantasy puisent leurs sources dans les textes de l’Antiquité et du Moyen-Âge dont héritent les romans de l’auteur. Ewilan et ses sœurs littéraires convoquent avec elles tout un imaginaire mythique et merveilleux : tour à tour fées, sorcières ou chasseresses, elles sont des femmes puissantes, Mélusine, Viviane, Médée et Amazones contemporaines. Notre étude vise à questionner ce legs et sa reconfiguration dans le cycle de l’écrivain. Le fort ancrage féminin dont témoignent les œuvres permet également d’interroger le discours véhiculé sur et par les femmes – comme ses limites – ainsi que leurs représentations tant textuelles que visuelles. La fantasy, en tant que genre potentiellement créateur d’une infinité de mondes et de possibles, est marquée du sceau de la liberté. Dans les sociétés imaginées par Pierre Bottero, les femmes semblent avoir la part belle de sorte que le cycle de Gwendalavir paraît marquer, sinon une éclosion, du moins un développement manifeste des figures féminines dans la fantasy jeunesse française.

Mots-clefs : Pierre Bottero (1964-2009) ; Fantasy ; Littératures de jeunesse ; Littératures de l’imaginaire ; Magiciennes ; Guerrières ; Fées médiévales ; Héroïnes ; Médiévalisme ; Gender Studies ; Représentations

Des femmes, des plantes et de la magie. Les herboristes en fantasy jeunesse

Parmi les personnages de mages, moines, chevaliers et autres guerrières typiques de la fantasy, une figure peut-être plus discrète et moins usuelle se fraye un chemin dans nos mondes imaginaires : celle de l’herboriste. Elle apparaît dans des médias variés et sur des supports pluriels, comme les jeux vidéo (Tomira dans The Witcher 3 : Wild Hunt ou l’apothicaire de Potion Craft), les bandes dessinées (la jeune héroïne de Mauve Bergamote de Flora Grimaldi et Cécile), les séries (Cassie dans Soupçon de magie), les mangas (Mao Mao dans Les Carnets de l’apothicaire d’Itsuki Nanao)… Cette prédominance des femmes dans les quelques exemples choisis nous pousse à nous interroger : la botanique serait-elle dévolue au genre féminin ? Et si oui, pourquoi ? Cette forte présence féminine traduit-elle une réalité en fiction ? Force est également de constater que la fantasy et le merveilleux au sens large semblent spécifiquement recueillir les figures d’herboristes. Dans ce genre, la botanique n’est toutefois presque jamais dénuée de magie et la littérature exploite volontiers les liens existants dans nos imaginaires entre les figures d’herboristes et de magiciennes. Ces dernières, après tout, sont régulièrement représentées comme des préparatrices de potions mélangeant poudres, phanères animaux… et plantes.
            Parle-t-on cependant d’herboristes, de botanistes, d’apothicaires, de guérisseuses ? Il est ardu de se retrouver dans l’imbroglio de ces substantifs qui s’entremêlent et dont le sens évolue bien souvent au cours des siècles. Par commodité, nous emploierons le terme d’herboriste pour désigner, conformément au sens que lui donne le complément du dictionnaire Godefroy, « celui qui connaît les vertus médicinales des arbres, plantes, etc. »[1] et, ajoutons-nous, qui les utilise, en les cueillant, les vendant, les transformant… Connaissance et utilisation, notamment dans un but thérapeutique, formeront les mots-clefs de notre définition, qui nous permettra de ne pas nous restreindre à l’individu exerçant le commerce des plantes, en particulier dans une officine.
            Après avoir donné quelques repères historiques mais surtout littéraires de ces figures, nous chercherons à dégager les caractéristiques de ces personnages et de leurs pratiques botaniques. Afin de proposer de premières pistes de réflexion, qui demandent à être approfondies, nous nous fonderons pêle-mêle sur quelques romans de fantasy jeunesse, notamment Biotanistes (Anne-Sophie Devriese, 2021), Les Héritiers de Brisaine (David Bry, 2021), L’Arpenteuse de rêves (Estelle Faye, 2021), L’Herboriste de Hoteforais (Nathalie Somers, 2020), Steam Sailors (E. S. Green, 2020-2021), L’Épouvanteur (Joseph Delaney, 2004-2022) ou encore Harry Potter (1997-2007).

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Faut-il être extraordinaire pour être une héroïne de fantasy ? Du droit d’être quelconque

Est-il possible d’être un – voire, le – personnage féminin central d’une œuvre de fantasy sans être pétrie de pouvoirs en tous genres ? C’est en travaillant sur les héroïnes des romans de Pierre Bottero, au cours de ma thèse, que cette interrogation a commencé à se dessiner. En effet, toutes sont extraordinaires et souvent surnaturelles[1]. Rien de véritablement étonnant puisque l’auteur suit les codes du genre dans lequel il s’inscrit : la fantasy. Cela signifie-t-il, dès lors, que l’héroïsme de fantasy est nécessairement dépendant du caractère extraordinaire des personnages ?
      Nous proposerons quelques pistes d’analyse en fondant notre réflexion sur les figures féminines des œuvres. Pourquoi ? Les héros répondent eux aussi à des codes et ne sont pas exempts de ce qui se présente comme une injonction à l’extraordinaire, convenons-en[2]. En ce qu’ils sont bien plus nombreux, gageons toutefois qu’ils disposent d’une gamme d’héroïsme plus étendue, mais, surtout, le besoin des héros de faire leurs preuves nous semble moindre que celui des héroïnes qui paraissent devoir sans cesse prouver leur valeur. Avoir la première place, celle qui est traditionnellement attribuée à un personnage masculin[3] ? Certes, c’est possible, mais encore faut-il la mériter et avoir l’étoffe du héros, comme semblent l’indiquer nombre de romans proposant des héroïnes aux caractéristiques « viriles »[4]. D’un genre à l’autre, ces enjeux varient et il conviendrait que le sujet soit traité par un·e spécialiste des représentations masculines, raison pour laquelle nous nous concentrerons ici sur les héroïnes (au sens de personnages de premiers plans et/ou à l’origine de hauts faits).
      Ainsi, nous chercherons à dresser un bref panorama des protagonistes féminines en lien avec le genre de la fantasy avant de nous intéresser plus avant à la question des représentations et des modèles, en particulier lorsqu’ils sont offerts à la jeunesse. Pour finir, nous présenterons quelques romans dont les héroïnes sont, précisément, ordinaires ; une tendance qui paraît s’esquisser dans le monde du livre.

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Compte-rendu : colloque « Amazones et Femmes sauvages : quelles évolutions de la littérature médiévale à l’imaginaire contemporain ? »

Compte-rendu co-écrit avec Elise d’Inca,
doctorante en Littérature médiévale

Du 7 au 8 avril 2022 s’est tenu à la Maison des Sciences de l’Homme de Clermont-Ferrand le colloque de jeunes chercheurs et de jeunes chercheuses « Amazones et Femmes sauvages : quelles évolutions de la littérature médiévale à l’imaginaire contemporain ? ». La manifestation scientifique, coorganisée par Elise d’Inca (doctorante de l’Université Clermont Auvergne, CELIS) et Florie Maurin (doctorante de l’Université Clermont Auvergne, CELIS), de l’équipe « Littératures et Représentations de l’Antiquité et du Moyen Âge », s’est construite et développée autour de onze communications, rythmées par des temps d’échange.

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Rêveuses et personnages oniriques dans Le Monde de Lléna et L’Arpenteuse de rêves

À l’image de Max abandonnant sa chambre d’enfant pour le pays des Maximonstres dans l’album de Maurice Sendak (1963), nombreux sont les personnages des littératures de jeunesse à gagner le monde des rêves[1]. Comme l’indique Christiane Connan-Pintado :

Voyage et rêve nourrissent la littérature depuis Homère et les deux thématiques se trouvent régulièrement intriquées […]. Ce tressage connaît une fortune remarquable dans les livres pour la jeunesse depuis que Lewis Carroll a entraîné Alice « au pays des merveilles » et « de l’autre côté du miroir ».[2]

            Comme Alice, les jeunes protagonistes se réveillent régulièrement au terme de leurs aventures et le lectorat comprend dès lors qu’elles n’étaient que le fruit de l’imagination des héros et héroïnes. La fantasy jeunesse, qui repose bien souvent sur la magie et qui est friande de mondes secondaires, exploite volontiers le thème du rêve. Et l’on comprend aisément pourquoi : d’une part, ces mondes où tout semble possible (grâce à la magie, notamment) sont similaires aux mondes oniriques qui regorgent de ce même potentiel ; d’autre part, le thème du voyage, remarqué ci-avant par Christiane Connan-Pintado, se prête particulièrement bien au genre de la fantasy dont la structure canonique est celle de la quête, induisant précisément un voyage. Au terme de leur parcours, nul besoin de réveiller les personnages de fantasy : leurs aventures sont admissibles, elles peuvent avoir « véritablement » eu lieu en raison même du genre des œuvres.
            Ainsi, dans L’Arpenteuse de rêves (2021) d’Estelle Faye, l’héroïne, Myri, possède le pouvoir de se rendre dans les rêves des uns et des autres. Si le corps de la jeune femme demeure à Claren, la ville dans laquelle se déroule le récit, Myri gagne mentalement une pluralité de mondes puisqu’à chaque dormeur, à chaque rêve, correspond un univers. Dans ces mondes oniriques, elle incarne alors une sorte de double d’elle-même, d’autre elle, et est capable non seulement de se mouvoir et d’agir à sa guise, mais également de ramener dans la réalité des objets rêvés.
            Le Monde de Lléna (2020) de Fabien Clavel met quant à lui en scène l’acte d’écriture et développe deux récits, qui finissent par se rejoindre (sur le modèle de L’Histoire sans fin[3]) : celui d’un auteur qui « entreprend l’écriture d’un roman de fantasy en s’inspirant de sa fille, Léna »[4] et celui dudit roman de fantasy dans lequel un groupe de protagonistes vient en aide à une déesse (Lléna, avec deux « l ») pour sauver leur monde. Au rythme des chapitres alternent alors un monde primaire, celui de l’écrivain, et un monde secondaire dans lequel les rêves ont une place prépondérante.
            Alors que le sommeil se caractérise par une cessation de l’activité, par un état de repos et d’immobilité, les rêveuses, paradoxalement, agissent, font, créent, voire combattent durant cette phase. Ce sont ces figures étonnantes, qui semblent par ailleurs mélanger les modèles des magiciennes et des guerrières, que nous avons souhaité mettre en lumière dans cette étude de deux romans français de fantasy jeunesse. De façon plus large, notre réflexion proposera un panorama des protagonistes, généralement féminines, liées au monde du rêve : non seulement celles qui le parcourent et le manipulent, mais aussi celles qui le régissent, qui le représentent ou qui y vivent. Ouvrons désormais les portes de corne et d’ivoire[5] pour pénétrer, aux côtés des dormeuses, dans le royaume des songes.

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Fantasy jeunesse : présentation du carnet

Ce carnet de recherche prend pour sujet la fantasy jeunesse et, plus largement, les littératures et cultures de l’imaginaire destinées à un jeune public – enfant, adolescent ou jeune adulte.

 

 

 


L’objectif de ce carnet est d’alimenter une réflexion sur le genre littéraire de la fantasy jeunesse et sur ses enjeux par la publication de billets, mais aussi de réunir et de partager mes recherches sur ces sujets.

Docteure en Littérature, mes travaux portent plus spécifiquement sur des romans français pour adolescent·e·s (comme ceux de Pierre Bottero, Christelle Dabos, etc.), sans s’y limiter strictement toutefois.

Si les thématiques qui sont au cœur de mes recherches sont plurielles, mon intérêt va en particulier aux espaces (ré)imaginés de la fantasy et, surtout, aux personnages féminins de ce genre. Qu’elles soient magiciennes, sorcières, guerrières, Amazones, princesses ou herboristes, les héroïnes – souvent extraordinaires – des littératures de l’imaginaire et leurs représentations occupent la place centrale de mes réflexions.

Mon interrogation principale est la suivante : aujourd’hui, à une époque où les littératures de l’imaginaire ont le vent en poupe, quelles héroïnes offre-t-on à la jeunesse ?

Sans se restreindre aux universitaires, ce carnet s’adresse aux professionnel·le·s du livre, à ses médiateurs et à ses médiatrices, aux passionné·e·s de littératures de l’imaginaire et de jeunesse, aux féru·e·s de pop culture, aux curieux·ses en quête de magie.

 


Afin de partager mes recherches et connaissances, j’interviens comme conférencière et formatrice : en bibliothèque, association, structure culturelle… N’hésitez pas à m’écrire pour toute question à ce sujet ou à consulter mon site personnel.